Lundi 10 aout
Arrivée à Embrun vers 17h30, je commence à croiser des triathlètes à chaque coin de rue. Le stress est très élevé à ce moment là. J'alterne moments d'euphorie et moments de gros doutes sur mes
capacités.
Quatre raisons de craindre l'abandon :
-Je n'ai jamais fait d'Ironman, ni même de marathon. Je vais me lancer dans le triathlon réputé le plus dur du monde dès ma première vraie saison de triathlon.
- Une tendinite à la hanche m'a empeché de courir depuis 1 mois. J'ai choisi de me reposer plutot que de risquer d'aggraver la douleur, mais cela cumulé à mes blessures en février/mars fait que je
suis un peu kuste en kilomètres parcourus.
- Mes derniers entrainement natation ont été interompus par de forte douleur à l'épaule. Je ne suis meme pas sûr de pouvoir nager les 3800 mètres.
- Je ne suis pas sûr d'avoir bien géré mes 3 dernières semaines. Pour certains je ne me suis pas assez reposé, pour d'autres trop, j'ai plein de doutes dans la tete.
Quatre raisons d'espérer voir la ligne d'arrivée :
- Ma préparation a été assez volumineuse depuis 8 mois, avec plusieurs semaines dépassant les 20h d'entrainement.
- 6000km parcourus en vélo deuis le 1er janvier, ca commence à etre pas mal et j'ai de bonnes jambes. Je me suis rassuré en roulant 6h en montagne à J-10.
- Je me suis préparé psychologiquement à avoir très mal, à aller au bout de mes capacités. Tant que je pourrais avancer, je n'abandonnerai pas.
- J'ai passé des heures me renseigner et à m'organiser pour que tous les détails de la journée aillent dans le bon sens : habillement, matériel, alimentation, gestion de l'effort. Moi qui suis
habituellement bordélique, je n'ai rien voulu laisser au hasard.
Mardi 11 aout
Repérage en voiture de la partie du circuit que je n'avais pas encore faite. Les 8 derniers km de l'Izoard sont vraiment raides, ce que me confirment mes parents et Elodie qui montent en vélo. La
cote de Pallon s'annonce horrible avec le vent de face en plus. En revanche la cote des vigneaux me semble etre à peine un faux plat, ca ne m'inquiète pas.
Je fais aussi la descente de l'Izoard en vélo. La route est belle, sinueuse au début puis avec de belles lignes droites.
Le soir, premier bain dans le plan d'eau avec mes parents. L'eau est bonne, les triathlètes sont nombreux. Le parc vélo commence à être installé.
Mercredi 12 aout
14h, ouverture du retrait des dossards. J'y suis à 14h05. Je récupère mon sac avec dossard, puce, bonnet de bain, plaque de cadre et tee shirt. Je discute un peu avec les organisateurs et arbitres
sur quelques détails qui me manquaient, ca me rassure un peu.
Le soir retour au lac pour quelques mouvements dans l'eau. Les triathlètes sont partout. J'ai l'impression qu'ils sont tous plus affutés et musclés que moi.
J'essaye de me concentrer sur moi meme, mon objectif est de finir, pas de faire un classement.
Les chaises du parc à vélo sont installées, j'essaye de calculer où je serais placé selon mon dossard, mais le parc est grand !
Le soir, dernier repas normal avant de me concentrer sur mes assiettes de pates : resto dans la station des Orres, on sort un peu d'Embrun qui devient un monde de triathlètes, ca me fait du bien.
On passe une super soirée, le stress descend, tout va bien.
Jeudi 13 aout
Je prépare et lave mon vélo, puis commence à organiser toutes mes affaires. Je suis vraiment dedans, mais contrairement à ce que je craignais le stress ne monte pas, au contraire il descend au fur
et à mesure que l'échéance approche et que les dernières étapes de préparation sont franchies. Ma seule inquiétude vient de la météo, qui commence à annoncer une journée de canicule pour le samedi.
Ma journée est maintenant intégralement organisée pour le triathlon : pates, sieste, Saint-Yorre, boisson energisante, étirements, massages...
Les SMS de soutien de mon entourage commencent à arriver.
Les stands commerciaux sont maintenant installés dans le village départ, j'en profite pour acheter une casquette saharienne qui me protégera la nuque du soleil durant le marathon.
Vendredi 14 aout
5h30, je me reveille, et je n'arrive pas à me rendormir. Ce n'est pas à cause du stress, qui a quasiment disparu, mais à cause de l'exitation : je me sens pret, je suis impatient d'etre au
départ.
9h, nous allons voir le triathlon des mini poussins (6 ans). Certains savent à peine nager et ont leur gilet de sauvetage, d'autres font des petites chutes en voulant descendre du vélo, mais tous
finissent très heureux, c'est à la fois très drole et très mignon.
10h30, repérage du circuit du marathon en vélo, c'est plus valloné que ce que je pensais !
12h30, ce repas doit etre le plus gros de ma semaine, je mange pates et poulet jusqu'à ne plus en pouvoir.
13h30, je suis à l'ouverture du parc à vélo pour déposer ma monture. Comme pour le retrait des dossards, je suis dans les premiers, trop impatient. Au moment d'entrer dans le parc, une arbitre me
dit que mon vélo n'est pas confirme, et part sans explication. Gros moment de panique, je demande à mes voisins si ils voient un problème sur mon vélo, mais personne ne sait me répondre. L'arbitre
revient avec l'arbitre en chef : ma plaque de cadre serait mal placée. Ouf, ce n'est que ca ! De plus, il s'avère finalement que son emplacement est réglementaire, Je rentre donc mon vélo et le
dépose à coté de la chaise 199. Contrairement à d'autres je ne laisse aucune autre affaire, j'ai trop peur qu'elles disparaissent et d'avoir une mauvaise surprise le lendemain matin quelques
minutes avant le départ.
14h30, je tente une sieste et à ma grande suprise j'arrive à m'endormir malgré l'exitation.
16h, mes nombreux supporteurs arrivent chacun leur tour. Ils seront finalement 9 à se déplacer jusqu'à dans les Hautes-Alpes pour me suivre, merci beaucoup à eux. Pendant tout l'après midi et la
soirée, les SMS et appels d'encouragement s'enchainent sur mon portable et ceux de mes parents. Ce me fait extrèmement plaisir et me motive, mais cela me stress également un peu : des proches qui
ne s'interressent pas du tout au sport m'appellent, des amis que je n'ai pas vu depuis longtemps m'envoient des SMS, je me rends compte de l'impact que représentent l'Embrunman et mon défi dans
l'esprit des gens. Je suis surmotivé, je veux être au départ, ras le bol d'attendre.
17h, briefing pour tous les triathlètes. Pas super de rester une heure debout sous un grand soleil, mais je ne veux pas passer à coté de certaines informations.
20h, dernier repas au restaurant, j'essaye de manger léger pour bien dormir et avoir faim au reveil. Mes deux derniers supporteurs arrivent en train. Nico est encore plus exité que moi, il a
préparé un tee shirt "Fan club Benoit" avec des photos de moi dans les 3 sports. L'ambiance est très bonnes dans mon "fan club", ca rigole beaucoup à table. Moi un peu moins. Je ne suis pas
stressé, mais je suis dans ma bulle, je ne pense déja plus qu'au départ.
Minuit : couché, avec un peu de retard sur le planning, mes supporteurs jouent un peu à la colonie de vacances, il faut dire qu'on est à 8 dans un F2. Tout le monde met son réveil à 3h45, et je
m'endors comme un bébé...
Samedi 15 aout
3h45, le réveil sonne. J'ai peu dormi mais bien. Je m'installe à table avec mon gatosport et mon verre de vitamines. Le gatosport a du mal à passer, je n'ai pas assez faim. Mes supporteurs
emmergent doucement mais se préparent, je leur ait bien fait comprendre qu'il n'avaient pas interet à etre en retard à 4h30, heure prévue du départ. Il fait deja bien chaud dehors, ce que
confirment ma maman et ma tante qui ont passé la nuit à la belle étoile.
4h15, alors que toutes mes affaires sont cencées être regroupées, mon père demande pourquoi un compteur vélo traine sur un meuble. C'est le mien, j'allais l'oublier! Du coup petit moment de
panique, j'ai peur d'oublier d'autres choses.
4h35, on décole tous de l'appartement.
4h45, arrivée au parc à vélo. Avant d'entrer je discute avec un gars de Flers. Il me dit que c'est sa troisième tentative, qu'il n'a jamais réussi à terminer, gloups...
4h50, dernier bisous à Elodie et entrée dans le parc à vélo. Ca s'agite partout sous les projecteurs, c'est impressionnant. Tout le monde prépare ses petites affaires. Je discute avec plein
d'inconnus, chacun cherche en effet le regard de ses voisins pour échanger quelques mots et faire un peu retomber la pression. J'organise tout mon matériel, mais il n'y a pas la place pour étaler
les affaires de la journée. Je décide de ne préparer que mes affaires de vélo et de laisser mes affaires de CAP dans leur sac, j'aurais bien le temps de les sortir !
5h20, je fais une pause dans ma préparation pour aller voir mes supporteurs qui ont réussi à se placer juste derrière les barrières entre la sortie du parc à vélo et le plan d'eau. On discute un
peu. Je regarde pour la première fois la ligne de départ. Il fait nuit, on distingue à pein des montagnes, et le plan d'eau est tout noir. Le ventre commence à bien se serrer. Je retourne finir de
me préparer.
5h45, tout le monde sort du parc à vélo pour s'approcher du plan d'eau. Elodie m'aide à enfiler ma combinaison.
5h50, départ des féminines, les 840 hommes s'approchent un peu de la ligne de départ à leur tour. Ca y est, ca va etre à nous. Je reste en retrait, quelques mètres derrière tout le monde, pour etre
à coté de mes supporteurs. Je les embrasse. Les minutes n'avancent pas, l'attente est interminable.
Je commence à craquer, les larmes montent, mélange de peur face à ce lac tout noir, de joie d'etre au milieu de cette meute, et de délivrance après 15 ans de rève et 8 mois de préparation.
Je mets mon masque de natation, avant de le renlever, plein de buée. je m'essuie les yeux avec l'avant bras, mais ca ne sert à rien, c'est impérméable une combinaison de natation ! Je souffle, je
saute sur place, je n'en peux plus d'attendre. Je remets mon masque, je recommence à sentir les larmes monter, je dois le renlever. Le stress est énorme tout autour de moi, dans les triathlètes
bien sur mais également dans le public, et le speaker a beaucoup de mal à chauffer l'ambiance malgré le nombreux public.
6h, enfin le coup de feu est donné, j'embrasse rapidement Elodie, salue mes supporteurs, mets mon masque et me faufile au milieu des autres triathlètes pour gagner quelques rangs avant d'entrer
dans cette eau toute noire pour 3800m... C'est parti !
Video du départ, meme pas peur !
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