15 aout 2009 : Triathlon Ironman d'Embrun :
3.8km à la nage, 188km en vélo, 42.195km à pied...
15 aout 2009 : Triathlon Ironman d'Embrun :
3.8km à la nage, 188km en vélo, 42.195km à pied...
Premier objectif en partant, manger. Deux tubes de
gels sont avalés rapidement. Je cours doucement le long du plan d'eau, le public est nombreux, mes echauffements aux pieds sont passés dans les chaussures de CAP.
Km 10 : Ca va un peu mieux, ca fait toujours mal
aux jambes, je ne vais pas bien vite, mais ce n'est plus la galère à chaque foulée, et j'ai trouvé la boisson qui me convient pour les ravitos : 50% eau, 50% coca, idéal pour couper le gout de
l'eau sans que le gaz me gène.
Km 21 : fin du premier semi marathon en 3h15. C'est lent, très lent, mais ca ne me
perturbe pas, je me sens beaucoup mieux que 3h plus tot, je ne vois pas ce qui pourrait m'arreter. Je prends le temps de discuter quelques instants avec les bénévoles à chaque ravitaillement, ca me
change les idées et leurs encouragements me font du bien. Il ne reste plus beaucoup de monde sur le parcours, ce qui a l'avantage que les encouragements sont beaucoup plus personnalisés, mais
toujours aussi nombreux : devant chaque resto, chaque bar, chaque camping, quasiment chaque maison il y a du monde pour nous encourager. Les enfants nous donnent des éponges d'eau et des bouteilles
d'eau tout en nous encourageant comme si on était leurs idoles, les parents nous disent qu'on est des héros, des surhommes. Le fait de provoquer l'admiration de tous ces gens provoque un sentiment
bizarre, mélange d'immense fierté, de gène et d'impression de ne pas mériter tout cela. Une seule chose est sur, pour mériter au moins une partie de ces compliments, je ne peux pas faire autre
chose que de terminer.
Km 33 : Passage sur le Pont Neuf. Il fait noir, je me prend le pied sur un rebord, je suis à la
limite de tomber, grosse frayeur. Après le pont, dernière cote, je marche jusqu'au sommet, et me remet à courir. Il reste 10km, je ne vois pas ce qui pourrait m'arreter, je commence à me rendre
compte que je vais y arriver. 15 ans que je revais de l'Ironman d'Embrun, 8 mois que j'y pensais tous les jours, que je m'entrainais jusqu'à 20h par semaine, que j'organisais tout mon emploi du
temps dans la perspective du 15 aout, pour voir la ligne d'arrivée, et là je la sens toute proche. J'essaye de dire à Elodie que je vais y arriver, mais ma voix est cassée par l'émotion. Elodie
m'oblige à ne pas me laisser aller, à attendre l'arrivée pour me laisser déborder par l'émotion, à rester concentrer sur ma foulée sur ces derniers km pour ne pas faire d'erreur.
Dernier virage, j'entre dans la ligne droite finale et
je vois l'arrivée au bout, avec le speaker qui m'annonce. Cette ligne droite finale, j'y ai pensé quasiment chaque jour depuis 6 mois. Je m'étais demandé comment je la ferai : en courant? en
marchant pour profiter au maximum? Avec mes supporteurs?
Je retrouve tous mes supporteurs au sommet. On discute, ils ont l'air fier de moi. Je suis
content de récupérer mon tuperware de pates, je commencais à avoir faim. Mais les premières bouchées passent difficilement, je dois me forcer à avaler et je sens que ca passe mal. Je laisse mon
tuperware quelques instants pour aller remplir mes bidons, ca ira peut etre mieux après. En me baissant pour le récupérer, je suis pris d'une crampe derrière la cuisse droite, séance d'étirements
obligatoire pour la faire passer. Ca s'atténue, mais je sens toujours une petite pointe. J'essaye de re-manger, ca ne passe toujours pas, je décide de repartir. Je pense profiter des 20km de
descente pour me décontracter les cuisses et manger le reste de mon ravito, mais en quelques minutes le grand optimisme de mes supporteurs est un peu retombé...
Km 150, j'arrive au pied de la cote de Pallon, redoutée par tous les triathlètes : une
ligne droite d'environ 2km à plus de 12%. En temps normal c'est deja dur, mais là j'en suis à 8h de sport, et j'ai deja bien mal aux jambes. J'ai vu de nombreuses images de triathlètes montant
cette bosse en zigzag ou en marchant. Dès le pied, je met mon plus petit développement. Rapidement, le compteur descend à 8. Il n'est plus question de gérer son effort, mais juste de monter au
sommet. Je garde ce rythme, lent mais apparamment un peu plus rapide que la moyenne des triathlètes qui m'entourent. La route en ligne droite rend la montée interminable. J'avais demandé à mes
supporteurs d'etre là, sachant que ca serait particulièrement difficile, mais 2 voitures sur 3 n'ont pas réussi à se faufiler dans les nombreux bouchons et déviations que l'on provoque. Enfin ca se
termine, je me dis à ce moment là que le plus dur est fait...
J'arrive au parc à vélo, je passe devant mes supporteurs et serre le poing. Je suis loin
d'avoir terminer, mais c'est un immense soulagement de finir le vélo, et surtout avec ma préparation j'aurai mal vécu de ne pas terminer cette partie.
En comptant un peu de fatigue au deuxième tour et en imaginant que la bouée n'est pas juste au milieu, je peux sortir en 1h20, niquel. Il y a beaucoup de monde derrière moi mais aussi
pas mal devant. J'arrive à bien m'orienter et à ne pas trop zigzaguer. L'épaule ne donne toujours aucun signe de faiblesse, et à 1000m de l'arrivée je suis en pleine forme, je tente d'accélérer un
peu car je commence à trouver le temps long, ca passe sans problème, formidable. Le bord se rapproche, j'ai pied, je me relève et regarde mon chrono, 1h15 ! A ce moment là, je suis 700ème sur 862,
ce qui me satisfait largement vu qu'il y a une an je savais à peine nager le crawl !
Dès le début la route s'élève, avec une montée de 5km vers Réallon. Mes supporteurs se sont
un peu dispersés dans le premier km ce qui me permet d'avoir des encouragements à plusieurs endroits. Certains triathlètes me doublent à des vitesses impressionnantes. Je suis loin d'etre à fond,
mais je ne cherche pas à les suivre, j'essaye d'appliquer le principe des oeillères : je roule à mon rythme, comme si les autres n'existaient pas. Au bout de 2km, les creuvaisons se font nombreuses
sur le bord de la route : la rumeur court, un riverain en colère de voir la route bloquée aurait mis des clous. En un km, je vois une dizaine de triathlètes en train de réparer, ca me stress, mais
je ne peux pas faire grand chose.
La route s'élève d'un coup avec les premiers lacets, nous sommes au
pied de l'Izoard et de ses 16km de montée entre 6 et 11%. Il fait chaud, j'en suis deja à plus de 5h de sport, et même si je suis bien je suis prudent, car les défaillances sont apparamment
nombreuses dans cette montée. Jusqu'au ravitaillement d'Arvieux, les pentes restent supportables, je monte tranquillement avant de m'arreter remplir une nouvelle fois mes deux bidons. Mais dès la
sortie du village, la route s'élève à plus de 10% pendant plusieurs km sous un gros soleil. Je commence à doubler beaucoup de concurrents. Certains paraissent deja à l'agonie. Je pensais monter à
12-13km/h, je suis à 10. Malgré cela, je passe mon temps à doubler et personne ne me rattrape. Je devrais peut etre ralentir un peu, mais je n'ai pas l'impression d'etre en sur-régime, et le
contexte est totalement grisant : pour la première fois de ma vie je monde un col en competition, au milieu des motos avec un paysage extraordinaire, et mes supporteurs comme tous les spectateurs
présents multiplient les encouragements.
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