15 aout 2009 : Triathlon Ironman d'Embrun :
3.8km à la nage, 188km en vélo, 42.195km à pied...

Dimanche 19 décembre 2010 7 19 /12 /Déc /2010 09:57

Ce n'était pas vraiment prévu avec le mariage début juillet, mais la participation de nombreux caennais m'a incité à les accompagner, alors c'est reparti !

Par Benoit
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Lundi 21 septembre 2009 1 21 /09 /Sep /2009 18:43
C'est désormais officiel, pour ma saison 2010 j'ai choisi d'etre suivi par un entraineur à distance. Pour laisser à quelqu'un d'extérieur le soin de planifier mes entrainements, deux éléments étaient pour moi indispensables :
- que le courant passe bien avec cette personne.
- lui faire entièrement confiance.

Je vais donc pouvoir compter dès le mois d'octobre sur les conseils de Patrick Bringer, l'homme aux 3 podiums à Embrun et 2 à Nice !
J'avais pu le rencontrer au départ du tri de Saint Rémy sur Durolles, rapidement mais suffisament pour me rendre compte que sa réputation de gars super sympa malgré son palmarès n'était pas usurpée.

Au programme de cette collaboration, des programmes d'entrainement hebdomadaires, des conseils en nutrition, un suivi continu de mes sensations...

Les objectifs :
- optimiser mon temps d'entrainement.
- réussir à associer triathlons et courses de vélo.
- augmenter l'entrainement CAP sans me blesser.

Je suis déja impatient que la préparation hivernale débute !


Par Benoit
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Vendredi 21 août 2009 5 21 /08 /Août /2009 17:31
4ème partie de mon compte rendu de l'Ironman d'Embrun.

Il est 16h30, j'en suis à 10h30 d'effort, c'est la canicule, j'ai fini le vélo en fringale et avec les pieds en feu, mais il ne me reste plus qu'un marathon pour finir, ca devrait aller !  ;-)

Je n'ai jamais fait de marathon, alors pour démystifier ce qui me reste à parcourir je me dis que je dois faire un semi marathon, et que si il passe bien j'en ferais un autre. J'ai deja fait des semi-marathons sans problème, je ne vois pas pourquoi je ne pourrais pas en faire un (ou deux) maintenant.
Dans le parc à vélo je discute rapidement avec mon voisin qui se change en même temps que moi. Je lui dit que que je n'ai jamais fait ni Ironman ni marathon, et que je vais partir prudemment à 10 de moyenne. Selon lui, je ne me rends pas compte, je ne pourrais pas tenir les 10. Effectivement, je ne me rends pas compte...

Premier objectif en partant, manger. Deux tubes de gels sont avalés rapidement. Je cours doucement le long du plan d'eau, le public est nombreux, mes echauffements aux pieds sont passés dans les chaussures de CAP.
Première cote au bout d'un km, je suis obligé de monter en marchant. Je repars avant de stopper au premier ravito boire un verre de coca.
Rapidement, de fortes douleurs intestinales se font sentir. Il faut absolument que je m'arrete, mais il y a des coureurs et des supporteurs partout, pas de toilettes en vue. J'espere que cela va passer, mais au contraire cela s'aggrave, j'ai de plus en plus mal au ventre, je n'arrive quasiment plus à courir.
Au bout de 4km, premier passage devant mon fan club, je marche. Quelques mètres plus loin, un buisson à l'abri des regards, je m'arrete pour le plus grand bonheur de ma journée. Je repars, fais 5m, et demi-tour derrière mon buisson...
Enfin je repars, ca va mieux du coté des intestins, mais ca reste dur. La cote entre le plan d'eau et Embrun est terrible, tout le monde marche.

Km 5 : Traversée de la rue pietonne d'Embrun, je m'oblige à courir, public oblige. Une fillette de 4 ans me tend la main en me regardant comme si j'étais Zidane, je me fais un plaisir de lui donner une tape dans la main, elle me répond par un grand sourire, ca c'est de l'encouragement qui motive ! Malgré cela, je n'arrive pas à trouver mon rythme, je cours quelques centaines de mètres avant de sentir les cuisses chauffer, j'ai mal au ventre, j'ai un peu de nausée. A chaque ravito je bois, et je m'arrose la tete. Autour de moi, ca tombe comme des mouches, les malaises et vomissement sont nombreux, et les ambulances tournent sur le parcours.


Km 10 : Ca va un peu mieux, ca fait toujours mal aux jambes, je ne vais pas bien vite, mais ce n'est plus la galère à chaque foulée, et j'ai trouvé la boisson qui me convient pour les ravitos : 50% eau, 50% coca, idéal pour couper le gout de l'eau sans que le gaz me gène.
Les gels font leur effet, je ne me sens plus en fringale. Surtout, je ne souffre pas de la canicule, moi qui deteste d'habitude la chaleur.

Km 14 : J'arrive à Baratier devant mes supporteurs inquiets, mais ma tête les rassure rapidement.
Un déclic s'est produit sur les derniers km. J'ai trouvé mon rythme de course, j'arrive à le tenir sans problème sur le plat en m'économisant en marchant dans les montées et les descentes. Je ne vais pas vite, mais j'ai calculé qu'à ce rythme là je serais dans les délais.
Je n'ai plus de douleurs "annexes", je me sens parfaitement lucide et avec des réserves : il reste 27km, je serais surement dans les derniers, mais je suis maintenant persuadé que je vais aller au bout. Il s'agit maintenant de gérer sans s'affoler : ne pas chercher à forcer plus que nécessaire, bien manger, bien boire.

Je reprend ma marche en avant, sans m'affoler : courir tranquillement, marcher quand c'est trop dur, boire, manger. Les km défilent doucement mais surement.
A chaque passage devant mes supporteurs ils m'annoncent la liste des personnes qui se tiennent au courant par téléphone tout au long de la journée de ma progression et m'encouragent.  




Km 21 : fin du premier semi marathon en 3h15. C'est lent, très lent, mais ca ne me perturbe pas, je me sens beaucoup mieux que 3h plus tot, je ne vois pas ce qui pourrait m'arreter. Je prends le temps de discuter quelques instants avec les bénévoles à chaque ravitaillement, ca me change les idées et leurs encouragements me font du bien. Il ne reste plus beaucoup de monde sur le parcours, ce qui a l'avantage que les encouragements sont beaucoup plus personnalisés, mais toujours aussi nombreux : devant chaque resto, chaque bar, chaque camping, quasiment chaque maison il y a du monde pour nous encourager. Les enfants nous donnent des éponges d'eau et des bouteilles d'eau tout en nous encourageant comme si on était leurs idoles, les parents nous disent qu'on est des héros, des surhommes. Le fait de provoquer l'admiration de tous ces gens provoque un sentiment bizarre, mélange d'immense fierté, de gène et d'impression de ne pas mériter tout cela. Une seule chose est sur, pour mériter au moins une partie de ces compliments, je ne peux pas faire autre chose que de terminer.

Km 25 : deuxième passage dans la cote d'Embrun, meme en marchant c'est dur, mais je ne m'arrète pas. A la sortie d'Embrun, la nuit est tombée, nous sommes totalement dans le noir sur des routes pas éclairées. Avec l'accord de l'organisation, Elodie et Jean-Claude me suivent maintenant en vélo. C'est normalement interdit, mais la sécurité ne souhaite pas savoir quelques triathlètes au bord du malaise perdus dans la campagne.

Km 33 : Passage sur le Pont Neuf. Il fait noir, je me prend le pied sur un rebord, je suis à la limite de tomber, grosse frayeur. Après le pont, dernière cote, je marche jusqu'au sommet, et me remet à courir. Il reste 10km, je ne vois pas ce qui pourrait m'arreter, je commence à me rendre compte que je vais y arriver. 15 ans que je revais de l'Ironman d'Embrun, 8 mois que j'y pensais tous les jours, que je m'entrainais jusqu'à 20h par semaine, que j'organisais tout mon emploi du temps dans la perspective du 15 aout, pour voir la ligne d'arrivée, et là je la sens toute proche. J'essaye de dire à Elodie que je vais y arriver, mais ma voix est cassée par l'émotion. Elodie m'oblige à ne pas me laisser aller, à attendre l'arrivée pour me laisser déborder par l'émotion, à rester concentrer sur ma foulée sur ces derniers km pour ne pas faire d'erreur.
Il est plus de 22h, mais le public est toujours là. A Baratier, un groupe de spectateurs s'est formé devant chaque camping. Ils m'applaudissent, chantent et m'encouragent, tous me disent que j'y suis presque, que je vais y arriver. J'ai envie de pleurer à chaque encouragement d'inconnus, mais j'essaye de me controler, de rester lucide, alors je me limite à un grand sourire, un merci, et je lève les bras pour leur montrer que je suis moi aussi persuadé d'y arriver. 

Meme s'il ne reste que quelques kilomètres, je m'arrète à chaque ravito. D'abord pour ne pas risquer une fringale maintenant, et surtout pour profiter au maximum de ces instants, discuter avec ces bénévoles qui restent jusqu'à plus de 23h pour nous. Je les remercie tous, ils me répondent "à l'année prochaine".

Km 39 : Dernier passage devant mon fan club, en liesse, qui me chante 'j'irais au bout de mes rêves". Il ne me reste plus qu'un tour de lac, éclairé. J'ai décidé de le faire seul, sans accompagnateurs. Je veux avoir le temps de me rendre compte que je suis en train de finir l'Embrunman. Je suis tout seul au milieu de la montagne, en pleine nuit sur une digue éclairée par les lampadaires et je suis heureux. Dernier ravitaillement, il reste moins de deux kilomètres, je m'arrete tout de même pour avoir le droit à une dernière série d'encouragement et de félicitations des bénévoles. Il reste maintenant 1km, je double un concurrent, il marche, je l'encourage mais il a l'air vraiment à bout. La dernière descente, je la fais en courant pour la première fois du parcours. Le tour du parc à vélo, quasiment désert, je suis tout pret de la ligne d'arrivée, j'entends le speaker et le public mais il reste encore une petite boucle de 300m.

Dernier virage, j'entre dans la ligne droite finale et je vois l'arrivée au bout, avec le speaker qui m'annonce. Cette ligne droite finale, j'y ai pensé quasiment chaque jour depuis 6 mois. Je m'étais demandé comment je la ferai : en courant? en marchant pour profiter au maximum? Avec mes supporteurs?
Une haie d'honneur est devant moi, je ne me pose aucune question, je court, de plus en plus vite, à une vitesse que je n'avais pas connue de la journée, j'entre dans la haie d'honneur, des centaines de spectateurs inconnus m'applaudissent, me tapent dans les mains, font la ola, crient sur mon passage! Nico hurle en courant à coté de moi la caméra à la main. J'ai l'impression de devenir champion du monde, je crie, je lève les bras tant que je peux, je distingue à peine mon "fan club" et je passe la ligne avant de tomber dans les bras d'Elodie. Plein de choses se bousculent dans ma tete, j'étais persuadé de fondre en larme en passant cette ligne, ce n'est pas du tout le cas, je me contente d'un grand sourire.
Aussitot le speaker m'interview. Je suis bien physiquement et parfaitement lucide, et il me propose de refaire la ligne droite d'arrivée en compagnie d'Elodie. Aucun problème, je ne suis pas à 200m près, alors on repart profiter ensemble de cette haie d'honneur avant de repasser la ligne d'arrivée. Je récupère ma médaille de finisher, en revanche petite deception ils sont en rupture de stock de tee shirt finisher, je vais devoir patienter.


Vidéo de mon arrivée :



Je passe par le ravitaillement manger un peu de solide, je me sens en pleine forme, je marche normalement, tout va bien. Sur l'insistance de certains, je vais me faire masser dans la tente des secouristes, où je me rends compte que certains ont beaucoup moins de "chance" que moi : de nombreux triathlètes sont allongés à moitié conscients une perf au bras. Moi je rigole avec le kiné, qui n'arrive même pas à trouver de noeuds dans mes muscles. Je crois que dans mon obsession de terminer, j'ai tellement privilégié l'économie que je n'ai pas utilisé l'intégralité de mes ressources. Pour connaitre mes limites, il faudra que je revienne ! Je suis 676ème sur 682 finisher, il y a eu 181 abandon.

Je retourne chercher mon vélo et mes affaires, on m'enlève ma plaque de cadre et mon bracelet "Embrunman". Ca y est, c'est fini. J'ai du mal à réaliser que cette journée tant attendue est terminée, et que j'ai atteint l'objectif qui m'a obnubilé quotidiennement pendant 6 mois, et surtout que j'ai réalisé un rève de gosse, né 1993 lors de vacances à Embrun : pour mon premier Ironman, j'ai vaincu celui considéré le plus dur, je suis un EMBRUNMAN !

Merci à Elodie d'avoir été 100% derrière moi dans ce défi, et de m'avoir meme motivé à aller m'entrainer quand j'avais la flemme.
Merci  à tout mon "fan club"  pour avoir fait le déplacement jusqu'à dans les Hautes Alpes et m'avoir soutenu tout au long de cette longue journée : mes parents bien sur, qui ont partagé ce projet et les derniers jours en continu, et par ordre alphabétique Chantal, Eliane, Jack, Michel, Nico et Valérie.
Merci à mon frère qui m'a fait découvrir le triathlon.
Merci à mon collègue Eric, Embrunman 2003, qui m'a fait avoir le déclic pour oser m'inscrire.
Merci à tous ceux qui m'ont envoyé des messages d'encouragements durant les jours précédents.
Et une pensée pour ma mamie partie un tout petit peu trop top pour que je puisse lui raconter tout ca.


Par Benoit
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Vendredi 21 août 2009 5 21 /08 /Août /2009 10:50
3ème partie de mon CR de l'Embrunman. Il est 12h20, je viens d'arriver en haut de l'Izoard. J'en suis à 6h20 d'effort et 100km vélos parcourus. Que ce soit dans les jambes où dans la tête, tout va parfaitement à ce moment là.

Je retrouve tous mes supporteurs au sommet. On discute, ils ont l'air fier de moi. Je suis content de récupérer mon tuperware de pates, je commencais à avoir faim. Mais les premières bouchées passent difficilement, je dois me forcer à avaler et je sens que ca passe mal. Je laisse mon tuperware quelques instants pour aller remplir mes bidons, ca ira peut etre mieux après. En me baissant pour le récupérer, je suis pris d'une crampe derrière la cuisse droite, séance d'étirements obligatoire pour la faire passer. Ca s'atténue, mais je sens toujours une petite pointe. J'essaye de re-manger, ca ne passe toujours pas, je décide de repartir. Je pense profiter des 20km de descente pour me décontracter les cuisses et manger le reste de mon ravito, mais en quelques minutes le grand optimisme de mes supporteurs est un peu retombé...
12h30, je repars dans la descente. Devant moi, 20km de route magnifique sans voitures en face, je me fais plaisir. Ca ne fait gagner que quelques secondes, mais je m'éclate, faut bien s'amuser un peu dans une journée comme ca ! Je double plusieurs voitures, et tape une jolie pointe à 80.4km/h.

Arrivée à Briancon, on reprend la vallée pour revenir vers Embrun. Mais le vent est de pleine face, et les jambes commencent à chauffer. Je recommence à m'alimenter (les cacahouetes salés, niquel) et à boire, ca avance doucement mais ca avance. La cote des Vigneaux est plus dure que prévue avec la fatigue et le vent, avant une longue descente, où la pente légère ne permet pas de compenser le vent de face et où je dois continuer à pédaler. Il fait chaud, je commence à avoir des échauffements sous les pieds, et l'alimentation passe de plus en plus difficilement.

Km 150, j'arrive au pied de la cote de Pallon, redoutée par tous les triathlètes : une ligne droite d'environ 2km à plus de 12%. En temps normal c'est deja dur, mais là j'en suis à 8h de sport, et j'ai deja bien mal aux jambes. J'ai vu de nombreuses images de triathlètes montant cette bosse en zigzag ou en marchant. Dès le pied, je met mon plus petit développement. Rapidement, le compteur descend à 8. Il n'est plus question de gérer son effort, mais juste de monter au sommet. Je garde ce rythme, lent mais apparamment un peu plus rapide que la moyenne des triathlètes qui m'entourent. La route en ligne droite rend la montée interminable. J'avais demandé à mes supporteurs d'etre là, sachant que ca serait particulièrement difficile, mais 2 voitures sur 3 n'ont pas réussi à se faufiler dans les nombreux bouchons et déviations que l'on provoque. Enfin ca se termine, je me dis à ce moment là que le plus dur est fait...

Video montée de Pallon :


Dans la descente vers la vallée, le goudron est fondu du fait de la chaleur, obligation de rester attentif. Arrivé le long de l'aérodrome, je reprend le vent de face et commence à vraiment faiblir. Il fait plus de 33°, j'ai les pieds en feu et les jambes qui me brulent à chaque coup de pédale. Je sens l'hypoglicémie venir mais je n'arrive plus à avaler mes barres. Je rève de terminer le vélo pour retrouver mes chaussures de CAP et mes gels énergétiques qui passeront surement mieux, mais en attendant il me reste 1h30 de vélo avec un col et plusieurs cotes. Le moral commence à baisser, je ne pense pas du tout à l'abandon mais je souffre, et je me fais doubler régulièrement.
Dans une petite montée (même pas une cote, au repérage je n'avais pas vu que ca montait...), le compteur n'arrive pas à dépasser le 10. Un groupe sur le bord de la route m'encourage, me dit que je suis un surhomme à faire un truc comme ca et qu'on est des héros. Ce genre d'encouragements m'a énromément boosté depuis le départ, mais là ca m'anéanti. Moi un surhomme? Je me sens plutot comme une grosse merde incapable de monter une petite côte, et j'ai honte de recevoir ces paroles vu mon état. Je sens quelques larmes monter, j'essaye de prendre le dessus. Mes supporteurs me rattrapent à ce moment là, et me regardent en silence d'un air inquiet, ca doit se voir que je ne vais pas bien. Quelques encouragements et ils repartent.

Je m'arrète au ravito suivant pour manger une grosse poignée d'abricots secs. Ca passe à peu près, ca fait du bien, et je reprendrais une autre poignée à chaque ravito jusqu'à la fin du vélo.
A une vingtaine de km de l'arrivée, un gars me rattrape et me dit de prendre sa roue. Je sais bien qu'il n'y a pas le droit, mais un peu d'abri face au vent dans mon état, c'est super tentant. Même pas le temps d'hésiter que je me rends compte que je suis incapable de le suivre... Un peu plus tard je me fais rattraper par un peloton d'une quinzaine de coureurs, un peu énervant quand on sait que le drafting est interdit !

Km 175, je suis au pied de Chalvet, le dernier col de la journée, 6km de montée. au dessus d'Embrun. La grande forme est encore très loin, mais ca va un peu mieux physiquement et surtout moralement, car je sens la fin arriver. Surtout, les specteurs sont très nombreux tout au long de la montée, les encouragements sont quasiment continus et les riverains ont sorti leurs tuyaux d'arrosage pour nous raffraichir. C'est dur, je roule à 8, mais ca passe. Je vois que je ne suis pas le plus mal, certains montent à pied, et les premiers malaises apparaissent, avec des triathlètes allongés sur le bord de la route à l'ombre. Enfin je bascule au sommet, il ne me reste plus que de la descente.

J'arrive au parc à vélo, je passe devant mes supporteurs et serre le poing. Je suis loin d'avoir terminer, mais c'est un immense soulagement de finir le vélo, et surtout avec ma préparation j'aurai mal vécu de ne pas terminer cette partie.
il est 16h20. J'ai perdu toute l'avance gagné en natation et dans le début du vélo, mais je suis encore sur mon planning et j'ai 50mn d'avance sur les délais. Je suis largement meilleur cycliste que coureur, mais là c'est un immense soulagement de poser le vélo.  J'ai fait le 620ème temps vélo, ce qui m'a permis de gagner 64 places. Je rentre dans le parc à vélo en marchant (en meme temps que spiderman), cette fois pas question de courir pour rien...
Comme pour la T1, je choisi le change intégral, des chaussettes au teeshirt, et j'enfile ma trifonction. Un coup de crème solaire, ma casquette saharienne, mes tubes energetiques (enfin!), et c'est parti. Il est 16h30, je ne me dis pas que je dois courir un marathon, je me dis juste que je dois courir le plus longtemps possible...


Par Benoit
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Jeudi 20 août 2009 4 20 /08 /Août /2009 16:45
Suite de mon CR de l'embrunman avec la deuxième partie, le départ vient donc d'etre donné pour 3800m dans les eaux toutes noires du plan d'eau d'Embrun, nuit oblige.

Parti dans les toutes dernières positions, je fais les premiers mètres assez rapidement afin de ne pas rester en queue de paquet. En effet, je vise 1h25, ce qui me met dans la toute fin du classement, mais je ne veux pas être au milieu de ceux qui passent plus de temps en brasse qu'en crawl.

Contrairement à ce que je pensais le fait de nager de nuit ne me pose aucun problème, dès le début je me sens bien, ca ne bouscule pas trop et je m'applique à "bien" nager. On passe dans une zone où les algues sont très hautes, on les caresse à chaque mouvement, mais alors que je déteste cela d'habitude ca ne me gène pas du tout. Le grand stress d'avant départ a disparu, le soleil se lève et on appercoit les montagnes autour du lac, j'ai du plaisir à nager. A part quelques bon coups recus lors des passages de bouées, tout se passe parfaitement, contrairement à mes triathlons précédents je n'ai jamais besoin de récupérer en brasse, je crawl en continu. J'essaye de ne pas trop forcer pour soulager mon épaule très douloureuse lors des derniers entrainements.
Lors du passage à la bouée qui marque environ la mi parcours, je jette un coup d'oeil au chrono : 38mn. En comptant un peu de fatigue au deuxième tour et en imaginant que la bouée n'est pas juste au milieu, je peux sortir en 1h20, niquel. Il y a beaucoup de monde derrière moi mais aussi pas mal devant. J'arrive à bien m'orienter et à ne pas trop zigzaguer. L'épaule ne donne toujours aucun signe de faiblesse, et à 1000m de l'arrivée je suis en pleine forme, je tente d'accélérer un peu car je commence à trouver le temps long, ca passe sans problème, formidable. Le bord se rapproche, j'ai pied, je me relève et regarde mon chrono, 1h15 ! A ce moment là, je suis 700ème sur 862, ce qui me satisfait largement vu qu'il y a une an je savais à peine nager le crawl !
Je suis super content, d'une part mon épaule a tenu, et en plus je prends déja 10 minutes d'avance sur mon planning ! Du coup mes supporteurs sont pris par surprise et sont à la limite de rater ma sortie de l'eau !

Je ne suis pas pressé, mais pris dans l'exitation je cours dans la parc à vélo jusqu'à ma chaise. Mon voisin caennais part quand j'arrive, on se souhaite bonne chance et à tout à l'heure peut etre. J'ai choisi l'option "change intégrale", et j'enfile pour cela une serviette cabine (nudité interdite). J'enlève mon maillot de bain, un peu de crème anti frottement aux adducteurs, et j'enfile mon cuissard et mon maillot. Je privlégie le confort et mets pour cela une vraie tenue de cycliste, on garde la trifonction pour la CAP. Le temps prévu est très chaud, je ne prends pas mes manchettes, juste un chasuble pour les descentes. Mon ravito dans les poches, tout le matériel de réparation (2 chambres à air, 2 cartouches, un dérive chaine, un outil multifonction!) sont deja fixés sur le vélo. Mes chaussures, mon casque, et c'est parti !

Dès le début la route s'élève, avec une montée de 5km vers Réallon. Mes supporteurs se sont un peu dispersés dans le premier km ce qui me permet d'avoir des encouragements à plusieurs endroits. Certains triathlètes me doublent à des vitesses impressionnantes. Je suis loin d'etre à fond, mais je ne cherche pas à les suivre, j'essaye d'appliquer le principe des oeillères : je roule à mon rythme, comme si les autres n'existaient pas. Au bout de 2km, les creuvaisons se font nombreuses sur le bord de la route : la rumeur court, un riverain en colère de voir la route bloquée aurait mis des clous. En un km, je vois une dizaine de triathlètes en train de réparer, ca me stress, mais je ne peux pas faire grand chose.
Mes supporteurs devaient venir en haut de ce col, mais je me rends compte que la route est fermée à la circulation, j'attendrais donc un peu pour les encouragement. J'arrive en haut du col, je bascule dans la descente, tout va bien. Je fais une bonne descente, pour une des premières fois de ma vie je double du monde en descente. Le paysage est magnifique avec le levé de soleil sur les montagnes et le lac, il fait chaud, je suis bien et en avance sur mon planning. Je fais un signe ou un sourire à tous les spectateurs et bénévoles qui m'encouragent. Je suis heureux comme un gamin devant ses cadeaux de noel, je chante et profite au maximum d'etre là.
Arrivée à Savines une partie de mon fan club est là : ils chantent, et ont préparé drapeaux et banderoles en mon honneur, ca me fait bien plaisir. Je ne me rends pas compte que pour eux le stress du départ a été bien grand, et que cela cumulé à l'émotion de me voir participer à cette épreuve mythique en a fait craquer certains, n'est ce pas maman???


Je me suis forcé à beaucoup boire et mon premier bidon est vide, j'en attrape un au vol au ravitaillement. Déception, la mauvaise réputation de l'Embrunman est bien fondée de ce point de vue là, le bidon est à peine à moitié plein. Heureusement les ravitaillements sont nombreux et tant qu'il n fait pas trop chaud on peut aller de l'un à l'autre avec des demis bidons. Pour la nourriture, j'ai choisi d'etre en autonomie pour etre sûr de bien connaitre mon alimentation :  powebarre, nougats et gels overstims remplissent mes poches. Je mange un peu plus que prévu pour compenser la légèreté de mon petit déjeuner.

On repasse à Embrun après une première boucle de 35km, il est 9h05 j'ai maintenant 20mn d'avance sur mon planning. Je vois qu'un bouchon énorme s'est crée à cause de nous entre Savines et Embrun, j'ai peur de ne pas revoir mes spectateurs avant longtemps. Passage au rond point des Orres, énormément de monde comme prévu des deux cotés de la route mes peu d'ambiance.
Je passe devant nico et ses parents avant t'attaquer la route des traverses, sucession de petites montées et descentes. Je me retrouve avec Gilles Téobaldi, 16 fois finisher, qui me donne quelques conseils pour espérer aller au bout. Je me rends compte que je suis parti un peu vite, je lève le pied et en profite pour discuter avec d'autres participants. On s'interroge sur nos expériences et motivations, on se motive mutuellement, l'ambiance est bonne.

Arrivée à Guillestre, on bifurque vers la vallée du Guil pour se diriger vers l'Izoard. La cote de Guillestre se passe sans problème malgré une légère fatigue qui commence à arriver dans les jambes, car nous en sommes à plus de 4h de sport. Nous sommes maintenant dans les gorges de Guil, le paysage est splendide au milieu des hautes falaises et au dessus du torrent. Je m'arrète au ravito afin de remplir complètement mes bidons, car il commence à faire chaud.

Video de ma traversée des gorges du Guil :

Quelques km plus loin mes supporteurs sont sur le bord de la route, je m'arrète quelques secondes auprès d'eux pour leur dire que tout va bien, eux continuent de chanter...
La vallée est assez longue, je m'efforce de bien tourner les jambes sans me mettre dans le rouge avant l'Izoard, et je profite du paysage et du fait d'etre en plein dans cette journée que j'attendais tellement.

La route s'élève d'un coup avec les premiers lacets, nous sommes au pied de l'Izoard et de ses 16km de montée entre 6 et 11%. Il fait chaud, j'en suis deja à plus de 5h de sport, et même si je suis bien je suis prudent, car les défaillances sont apparamment nombreuses dans cette montée. Jusqu'au ravitaillement d'Arvieux, les pentes restent supportables, je monte tranquillement avant de m'arreter remplir une nouvelle fois mes deux bidons. Mais dès la sortie du village, la route s'élève à plus de 10% pendant plusieurs km sous un gros soleil. Je commence à doubler beaucoup de concurrents. Certains paraissent deja à l'agonie. Je pensais monter à 12-13km/h, je suis à 10. Malgré cela, je passe mon temps à doubler et personne ne me rattrape. Je devrais peut etre ralentir un peu, mais je n'ai pas l'impression d'etre en sur-régime, et le contexte est totalement grisant : pour la première fois de ma vie je monde un col en competition, au milieu des motos avec un paysage extraordinaire, et mes supporteurs comme tous les spectateurs présents multiplient les encouragements.
Je garde mon rythme, beaucoup ont l'air de galérer et certains marchent deja, pour moi le plaisir d'etre là est bien plus grand que la douleur et je profite. On sort de la foret pour rentrer dans le paysage lunaire de la Casse Deserte, j'ai des frissons en regardant autour de moi et en me rendant compte de ce que je suis en train de faire : c'est magique !

Video montée du col :


La haut du col arrive, mes jambes sont heureuses mais ma tete aurait bien aimé continuer encore cette ascension. Il est 12h20, j'ai toujours 20mn d'avance sur mon planning et 50mn sur les délais. Je retrouve mes supporteurs regroupés en haut du col, je récupère mon sac de ravito perso avec mon tupperware de pâtes, tout va bien !




Par Benoit
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