2ème partie CR, du départ à l'Izoard : comme dans un rève !

Publié le par Benoit

Suite de mon CR de l'embrunman avec la deuxième partie, le départ vient donc d'etre donné pour 3800m dans les eaux toutes noires du plan d'eau d'Embrun, nuit oblige.

Parti dans les toutes dernières positions, je fais les premiers mètres assez rapidement afin de ne pas rester en queue de paquet. En effet, je vise 1h25, ce qui me met dans la toute fin du classement, mais je ne veux pas être au milieu de ceux qui passent plus de temps en brasse qu'en crawl.

Contrairement à ce que je pensais le fait de nager de nuit ne me pose aucun problème, dès le début je me sens bien, ca ne bouscule pas trop et je m'applique à "bien" nager. On passe dans une zone où les algues sont très hautes, on les caresse à chaque mouvement, mais alors que je déteste cela d'habitude ca ne me gène pas du tout. Le grand stress d'avant départ a disparu, le soleil se lève et on appercoit les montagnes autour du lac, j'ai du plaisir à nager. A part quelques bon coups recus lors des passages de bouées, tout se passe parfaitement, contrairement à mes triathlons précédents je n'ai jamais besoin de récupérer en brasse, je crawl en continu. J'essaye de ne pas trop forcer pour soulager mon épaule très douloureuse lors des derniers entrainements.
Lors du passage à la bouée qui marque environ la mi parcours, je jette un coup d'oeil au chrono : 38mn. En comptant un peu de fatigue au deuxième tour et en imaginant que la bouée n'est pas juste au milieu, je peux sortir en 1h20, niquel. Il y a beaucoup de monde derrière moi mais aussi pas mal devant. J'arrive à bien m'orienter et à ne pas trop zigzaguer. L'épaule ne donne toujours aucun signe de faiblesse, et à 1000m de l'arrivée je suis en pleine forme, je tente d'accélérer un peu car je commence à trouver le temps long, ca passe sans problème, formidable. Le bord se rapproche, j'ai pied, je me relève et regarde mon chrono, 1h15 ! A ce moment là, je suis 700ème sur 862, ce qui me satisfait largement vu qu'il y a une an je savais à peine nager le crawl !
Je suis super content, d'une part mon épaule a tenu, et en plus je prends déja 10 minutes d'avance sur mon planning ! Du coup mes supporteurs sont pris par surprise et sont à la limite de rater ma sortie de l'eau !

Je ne suis pas pressé, mais pris dans l'exitation je cours dans la parc à vélo jusqu'à ma chaise. Mon voisin caennais part quand j'arrive, on se souhaite bonne chance et à tout à l'heure peut etre. J'ai choisi l'option "change intégrale", et j'enfile pour cela une serviette cabine (nudité interdite). J'enlève mon maillot de bain, un peu de crème anti frottement aux adducteurs, et j'enfile mon cuissard et mon maillot. Je privlégie le confort et mets pour cela une vraie tenue de cycliste, on garde la trifonction pour la CAP. Le temps prévu est très chaud, je ne prends pas mes manchettes, juste un chasuble pour les descentes. Mon ravito dans les poches, tout le matériel de réparation (2 chambres à air, 2 cartouches, un dérive chaine, un outil multifonction!) sont deja fixés sur le vélo. Mes chaussures, mon casque, et c'est parti !

Dès le début la route s'élève, avec une montée de 5km vers Réallon. Mes supporteurs se sont un peu dispersés dans le premier km ce qui me permet d'avoir des encouragements à plusieurs endroits. Certains triathlètes me doublent à des vitesses impressionnantes. Je suis loin d'etre à fond, mais je ne cherche pas à les suivre, j'essaye d'appliquer le principe des oeillères : je roule à mon rythme, comme si les autres n'existaient pas. Au bout de 2km, les creuvaisons se font nombreuses sur le bord de la route : la rumeur court, un riverain en colère de voir la route bloquée aurait mis des clous. En un km, je vois une dizaine de triathlètes en train de réparer, ca me stress, mais je ne peux pas faire grand chose.
Mes supporteurs devaient venir en haut de ce col, mais je me rends compte que la route est fermée à la circulation, j'attendrais donc un peu pour les encouragement. J'arrive en haut du col, je bascule dans la descente, tout va bien. Je fais une bonne descente, pour une des premières fois de ma vie je double du monde en descente. Le paysage est magnifique avec le levé de soleil sur les montagnes et le lac, il fait chaud, je suis bien et en avance sur mon planning. Je fais un signe ou un sourire à tous les spectateurs et bénévoles qui m'encouragent. Je suis heureux comme un gamin devant ses cadeaux de noel, je chante et profite au maximum d'etre là.
Arrivée à Savines une partie de mon fan club est là : ils chantent, et ont préparé drapeaux et banderoles en mon honneur, ca me fait bien plaisir. Je ne me rends pas compte que pour eux le stress du départ a été bien grand, et que cela cumulé à l'émotion de me voir participer à cette épreuve mythique en a fait craquer certains, n'est ce pas maman???


Je me suis forcé à beaucoup boire et mon premier bidon est vide, j'en attrape un au vol au ravitaillement. Déception, la mauvaise réputation de l'Embrunman est bien fondée de ce point de vue là, le bidon est à peine à moitié plein. Heureusement les ravitaillements sont nombreux et tant qu'il n fait pas trop chaud on peut aller de l'un à l'autre avec des demis bidons. Pour la nourriture, j'ai choisi d'etre en autonomie pour etre sûr de bien connaitre mon alimentation :  powebarre, nougats et gels overstims remplissent mes poches. Je mange un peu plus que prévu pour compenser la légèreté de mon petit déjeuner.

On repasse à Embrun après une première boucle de 35km, il est 9h05 j'ai maintenant 20mn d'avance sur mon planning. Je vois qu'un bouchon énorme s'est crée à cause de nous entre Savines et Embrun, j'ai peur de ne pas revoir mes spectateurs avant longtemps. Passage au rond point des Orres, énormément de monde comme prévu des deux cotés de la route mes peu d'ambiance.
Je passe devant nico et ses parents avant t'attaquer la route des traverses, sucession de petites montées et descentes. Je me retrouve avec Gilles Téobaldi, 16 fois finisher, qui me donne quelques conseils pour espérer aller au bout. Je me rends compte que je suis parti un peu vite, je lève le pied et en profite pour discuter avec d'autres participants. On s'interroge sur nos expériences et motivations, on se motive mutuellement, l'ambiance est bonne.

Arrivée à Guillestre, on bifurque vers la vallée du Guil pour se diriger vers l'Izoard. La cote de Guillestre se passe sans problème malgré une légère fatigue qui commence à arriver dans les jambes, car nous en sommes à plus de 4h de sport. Nous sommes maintenant dans les gorges de Guil, le paysage est splendide au milieu des hautes falaises et au dessus du torrent. Je m'arrète au ravito afin de remplir complètement mes bidons, car il commence à faire chaud.

Video de ma traversée des gorges du Guil :

Quelques km plus loin mes supporteurs sont sur le bord de la route, je m'arrète quelques secondes auprès d'eux pour leur dire que tout va bien, eux continuent de chanter...
La vallée est assez longue, je m'efforce de bien tourner les jambes sans me mettre dans le rouge avant l'Izoard, et je profite du paysage et du fait d'etre en plein dans cette journée que j'attendais tellement.

La route s'élève d'un coup avec les premiers lacets, nous sommes au pied de l'Izoard et de ses 16km de montée entre 6 et 11%. Il fait chaud, j'en suis deja à plus de 5h de sport, et même si je suis bien je suis prudent, car les défaillances sont apparamment nombreuses dans cette montée. Jusqu'au ravitaillement d'Arvieux, les pentes restent supportables, je monte tranquillement avant de m'arreter remplir une nouvelle fois mes deux bidons. Mais dès la sortie du village, la route s'élève à plus de 10% pendant plusieurs km sous un gros soleil. Je commence à doubler beaucoup de concurrents. Certains paraissent deja à l'agonie. Je pensais monter à 12-13km/h, je suis à 10. Malgré cela, je passe mon temps à doubler et personne ne me rattrape. Je devrais peut etre ralentir un peu, mais je n'ai pas l'impression d'etre en sur-régime, et le contexte est totalement grisant : pour la première fois de ma vie je monde un col en competition, au milieu des motos avec un paysage extraordinaire, et mes supporteurs comme tous les spectateurs présents multiplient les encouragements.
Je garde mon rythme, beaucoup ont l'air de galérer et certains marchent deja, pour moi le plaisir d'etre là est bien plus grand que la douleur et je profite. On sort de la foret pour rentrer dans le paysage lunaire de la Casse Deserte, j'ai des frissons en regardant autour de moi et en me rendant compte de ce que je suis en train de faire : c'est magique !

Video montée du col :


La haut du col arrive, mes jambes sont heureuses mais ma tete aurait bien aimé continuer encore cette ascension. Il est 12h20, j'ai toujours 20mn d'avance sur mon planning et 50mn sur les délais. Je retrouve mes supporteurs regroupés en haut du col, je récupère mon sac de ravito perso avec mon tupperware de pâtes, tout va bien !




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A
quelle journée :)) que de bons souvenirs :)
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