4ème partie CR : un petit marathon pour devenir un IRONMAN !

Publié le par Benoit

4ème partie de mon compte rendu de l'Ironman d'Embrun.

Il est 16h30, j'en suis à 10h30 d'effort, c'est la canicule, j'ai fini le vélo en fringale et avec les pieds en feu, mais il ne me reste plus qu'un marathon pour finir, ca devrait aller !  ;-)

Je n'ai jamais fait de marathon, alors pour démystifier ce qui me reste à parcourir je me dis que je dois faire un semi marathon, et que si il passe bien j'en ferais un autre. J'ai deja fait des semi-marathons sans problème, je ne vois pas pourquoi je ne pourrais pas en faire un (ou deux) maintenant.
Dans le parc à vélo je discute rapidement avec mon voisin qui se change en même temps que moi. Je lui dit que que je n'ai jamais fait ni Ironman ni marathon, et que je vais partir prudemment à 10 de moyenne. Selon lui, je ne me rends pas compte, je ne pourrais pas tenir les 10. Effectivement, je ne me rends pas compte...

Premier objectif en partant, manger. Deux tubes de gels sont avalés rapidement. Je cours doucement le long du plan d'eau, le public est nombreux, mes echauffements aux pieds sont passés dans les chaussures de CAP.
Première cote au bout d'un km, je suis obligé de monter en marchant. Je repars avant de stopper au premier ravito boire un verre de coca.
Rapidement, de fortes douleurs intestinales se font sentir. Il faut absolument que je m'arrete, mais il y a des coureurs et des supporteurs partout, pas de toilettes en vue. J'espere que cela va passer, mais au contraire cela s'aggrave, j'ai de plus en plus mal au ventre, je n'arrive quasiment plus à courir.
Au bout de 4km, premier passage devant mon fan club, je marche. Quelques mètres plus loin, un buisson à l'abri des regards, je m'arrete pour le plus grand bonheur de ma journée. Je repars, fais 5m, et demi-tour derrière mon buisson...
Enfin je repars, ca va mieux du coté des intestins, mais ca reste dur. La cote entre le plan d'eau et Embrun est terrible, tout le monde marche.

Km 5 : Traversée de la rue pietonne d'Embrun, je m'oblige à courir, public oblige. Une fillette de 4 ans me tend la main en me regardant comme si j'étais Zidane, je me fais un plaisir de lui donner une tape dans la main, elle me répond par un grand sourire, ca c'est de l'encouragement qui motive ! Malgré cela, je n'arrive pas à trouver mon rythme, je cours quelques centaines de mètres avant de sentir les cuisses chauffer, j'ai mal au ventre, j'ai un peu de nausée. A chaque ravito je bois, et je m'arrose la tete. Autour de moi, ca tombe comme des mouches, les malaises et vomissement sont nombreux, et les ambulances tournent sur le parcours.


Km 10 : Ca va un peu mieux, ca fait toujours mal aux jambes, je ne vais pas bien vite, mais ce n'est plus la galère à chaque foulée, et j'ai trouvé la boisson qui me convient pour les ravitos : 50% eau, 50% coca, idéal pour couper le gout de l'eau sans que le gaz me gène.
Les gels font leur effet, je ne me sens plus en fringale. Surtout, je ne souffre pas de la canicule, moi qui deteste d'habitude la chaleur.

Km 14 : J'arrive à Baratier devant mes supporteurs inquiets, mais ma tête les rassure rapidement.
Un déclic s'est produit sur les derniers km. J'ai trouvé mon rythme de course, j'arrive à le tenir sans problème sur le plat en m'économisant en marchant dans les montées et les descentes. Je ne vais pas vite, mais j'ai calculé qu'à ce rythme là je serais dans les délais.
Je n'ai plus de douleurs "annexes", je me sens parfaitement lucide et avec des réserves : il reste 27km, je serais surement dans les derniers, mais je suis maintenant persuadé que je vais aller au bout. Il s'agit maintenant de gérer sans s'affoler : ne pas chercher à forcer plus que nécessaire, bien manger, bien boire.

Je reprend ma marche en avant, sans m'affoler : courir tranquillement, marcher quand c'est trop dur, boire, manger. Les km défilent doucement mais surement.
A chaque passage devant mes supporteurs ils m'annoncent la liste des personnes qui se tiennent au courant par téléphone tout au long de la journée de ma progression et m'encouragent.  




Km 21 : fin du premier semi marathon en 3h15. C'est lent, très lent, mais ca ne me perturbe pas, je me sens beaucoup mieux que 3h plus tot, je ne vois pas ce qui pourrait m'arreter. Je prends le temps de discuter quelques instants avec les bénévoles à chaque ravitaillement, ca me change les idées et leurs encouragements me font du bien. Il ne reste plus beaucoup de monde sur le parcours, ce qui a l'avantage que les encouragements sont beaucoup plus personnalisés, mais toujours aussi nombreux : devant chaque resto, chaque bar, chaque camping, quasiment chaque maison il y a du monde pour nous encourager. Les enfants nous donnent des éponges d'eau et des bouteilles d'eau tout en nous encourageant comme si on était leurs idoles, les parents nous disent qu'on est des héros, des surhommes. Le fait de provoquer l'admiration de tous ces gens provoque un sentiment bizarre, mélange d'immense fierté, de gène et d'impression de ne pas mériter tout cela. Une seule chose est sur, pour mériter au moins une partie de ces compliments, je ne peux pas faire autre chose que de terminer.

Km 25 : deuxième passage dans la cote d'Embrun, meme en marchant c'est dur, mais je ne m'arrète pas. A la sortie d'Embrun, la nuit est tombée, nous sommes totalement dans le noir sur des routes pas éclairées. Avec l'accord de l'organisation, Elodie et Jean-Claude me suivent maintenant en vélo. C'est normalement interdit, mais la sécurité ne souhaite pas savoir quelques triathlètes au bord du malaise perdus dans la campagne.

Km 33 : Passage sur le Pont Neuf. Il fait noir, je me prend le pied sur un rebord, je suis à la limite de tomber, grosse frayeur. Après le pont, dernière cote, je marche jusqu'au sommet, et me remet à courir. Il reste 10km, je ne vois pas ce qui pourrait m'arreter, je commence à me rendre compte que je vais y arriver. 15 ans que je revais de l'Ironman d'Embrun, 8 mois que j'y pensais tous les jours, que je m'entrainais jusqu'à 20h par semaine, que j'organisais tout mon emploi du temps dans la perspective du 15 aout, pour voir la ligne d'arrivée, et là je la sens toute proche. J'essaye de dire à Elodie que je vais y arriver, mais ma voix est cassée par l'émotion. Elodie m'oblige à ne pas me laisser aller, à attendre l'arrivée pour me laisser déborder par l'émotion, à rester concentrer sur ma foulée sur ces derniers km pour ne pas faire d'erreur.
Il est plus de 22h, mais le public est toujours là. A Baratier, un groupe de spectateurs s'est formé devant chaque camping. Ils m'applaudissent, chantent et m'encouragent, tous me disent que j'y suis presque, que je vais y arriver. J'ai envie de pleurer à chaque encouragement d'inconnus, mais j'essaye de me controler, de rester lucide, alors je me limite à un grand sourire, un merci, et je lève les bras pour leur montrer que je suis moi aussi persuadé d'y arriver. 

Meme s'il ne reste que quelques kilomètres, je m'arrète à chaque ravito. D'abord pour ne pas risquer une fringale maintenant, et surtout pour profiter au maximum de ces instants, discuter avec ces bénévoles qui restent jusqu'à plus de 23h pour nous. Je les remercie tous, ils me répondent "à l'année prochaine".

Km 39 : Dernier passage devant mon fan club, en liesse, qui me chante 'j'irais au bout de mes rêves". Il ne me reste plus qu'un tour de lac, éclairé. J'ai décidé de le faire seul, sans accompagnateurs. Je veux avoir le temps de me rendre compte que je suis en train de finir l'Embrunman. Je suis tout seul au milieu de la montagne, en pleine nuit sur une digue éclairée par les lampadaires et je suis heureux. Dernier ravitaillement, il reste moins de deux kilomètres, je m'arrete tout de même pour avoir le droit à une dernière série d'encouragement et de félicitations des bénévoles. Il reste maintenant 1km, je double un concurrent, il marche, je l'encourage mais il a l'air vraiment à bout. La dernière descente, je la fais en courant pour la première fois du parcours. Le tour du parc à vélo, quasiment désert, je suis tout pret de la ligne d'arrivée, j'entends le speaker et le public mais il reste encore une petite boucle de 300m.

Dernier virage, j'entre dans la ligne droite finale et je vois l'arrivée au bout, avec le speaker qui m'annonce. Cette ligne droite finale, j'y ai pensé quasiment chaque jour depuis 6 mois. Je m'étais demandé comment je la ferai : en courant? en marchant pour profiter au maximum? Avec mes supporteurs?
Une haie d'honneur est devant moi, je ne me pose aucune question, je court, de plus en plus vite, à une vitesse que je n'avais pas connue de la journée, j'entre dans la haie d'honneur, des centaines de spectateurs inconnus m'applaudissent, me tapent dans les mains, font la ola, crient sur mon passage! Nico hurle en courant à coté de moi la caméra à la main. J'ai l'impression de devenir champion du monde, je crie, je lève les bras tant que je peux, je distingue à peine mon "fan club" et je passe la ligne avant de tomber dans les bras d'Elodie. Plein de choses se bousculent dans ma tete, j'étais persuadé de fondre en larme en passant cette ligne, ce n'est pas du tout le cas, je me contente d'un grand sourire.
Aussitot le speaker m'interview. Je suis bien physiquement et parfaitement lucide, et il me propose de refaire la ligne droite d'arrivée en compagnie d'Elodie. Aucun problème, je ne suis pas à 200m près, alors on repart profiter ensemble de cette haie d'honneur avant de repasser la ligne d'arrivée. Je récupère ma médaille de finisher, en revanche petite deception ils sont en rupture de stock de tee shirt finisher, je vais devoir patienter.


Vidéo de mon arrivée :



Je passe par le ravitaillement manger un peu de solide, je me sens en pleine forme, je marche normalement, tout va bien. Sur l'insistance de certains, je vais me faire masser dans la tente des secouristes, où je me rends compte que certains ont beaucoup moins de "chance" que moi : de nombreux triathlètes sont allongés à moitié conscients une perf au bras. Moi je rigole avec le kiné, qui n'arrive même pas à trouver de noeuds dans mes muscles. Je crois que dans mon obsession de terminer, j'ai tellement privilégié l'économie que je n'ai pas utilisé l'intégralité de mes ressources. Pour connaitre mes limites, il faudra que je revienne ! Je suis 676ème sur 682 finisher, il y a eu 181 abandon.

Je retourne chercher mon vélo et mes affaires, on m'enlève ma plaque de cadre et mon bracelet "Embrunman". Ca y est, c'est fini. J'ai du mal à réaliser que cette journée tant attendue est terminée, et que j'ai atteint l'objectif qui m'a obnubilé quotidiennement pendant 6 mois, et surtout que j'ai réalisé un rève de gosse, né 1993 lors de vacances à Embrun : pour mon premier Ironman, j'ai vaincu celui considéré le plus dur, je suis un EMBRUNMAN !

Merci à Elodie d'avoir été 100% derrière moi dans ce défi, et de m'avoir meme motivé à aller m'entrainer quand j'avais la flemme.
Merci  à tout mon "fan club"  pour avoir fait le déplacement jusqu'à dans les Hautes Alpes et m'avoir soutenu tout au long de cette longue journée : mes parents bien sur, qui ont partagé ce projet et les derniers jours en continu, et par ordre alphabétique Chantal, Eliane, Jack, Michel, Nico et Valérie.
Merci à mon frère qui m'a fait découvrir le triathlon.
Merci à mon collègue Eric, Embrunman 2003, qui m'a fait avoir le déclic pour oser m'inscrire.
Merci à tous ceux qui m'ont envoyé des messages d'encouragements durant les jours précédents.
Et une pensée pour ma mamie partie un tout petit peu trop top pour que je puisse lui raconter tout ca.


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J
Magnifique récit de ta course encore bravo moi c est pour cette année et je vais me defoncer à bloc à l entrainement pour pouvoir finir
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B
<br /> tu vien de me faire pleurer ,bravo super recit ,jenvisage de le faire cet été ,ca sera le premier !! jai deja fait 2 cd ,si tu a des conseil je sui preneur<br /> <br /> <br />
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S
<br /> je viens de decouvrir vos performances sur votre blog et j'en reste admiratif.Bravo<br /> <br /> <br />
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O
<br /> MAGNIFIQUE !<br /> <br /> Je ne vois rien d'autre à dire..... Et aussi bravo quand même :))<br /> <br /> Au plaisir de relire de tels CR !<br /> Olivier (Bada sur OT)<br /> <br /> <br />
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R
Super Beubeu<br /> <br /> Merci à toi :)
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